Rhinocéros tué : comment les zoos du 77 assurent-ils la sécurité de leurs animaux ?

Après le meurtre de Vince, le rhinocéros blanc de Thoiry tué pour sa corne, le monde s'interroge sur la sécurité des animaux dans les parcs zoologiques. Dans le secteur du , on recense le Parc des Félins, Terre de Singes et le zoo du Bois d'Attilly.

16/03/2017 à 19:11 par Pierre Choisnet

Le rhinocéros Vince et un de ses deux autres congénères ©Domaine de Thoiry / Arthus Boutin -
Le rhinocéros Vince et un de ses deux autres congénères ©Domaine de Thoiry / Arthus Boutin -

Tristesse et colère ! Ce sont les deux émotions qui prédominent depuis la révélation faite par nos confrères du site 78actu.fr mardi 7 mars en fin de matinée. Quelques heures plus tôt, le personnel du parc zoologique de Thoiry (Yvelines) avait devant les yeux un triste spectacle : Vince, un jeune rhinocéros mâle de quatre ans abattu par trois balles de calibre 12. La corne de l’animal a été coupée à la tronçonneuse avant d’être emportée par les malfaiteurs. Étant donné le prix d’une corne de rhinocéros sur le marché noir – sa poudre peut atteindre 70 000 € le kilo, soit plus que le prix de l’or ou de la cocaïne – l’appât du gain s’impose comme la motivation de cet acte de barbarie.

C’est un cataclysme mondial, trop d’animaux meurent dans l’indifférence générale.

L’émotion du personnel du parc zoologique s’est rapidement transmise à l’ensemble des Français. Cet animal, comme les éléphants pour leurs cornes, est la cible parfaite des braconniers qui recherchent trophées ou profits, parfois même les deux.

Alors que l’enquête se poursuit pour retrouver les responsables, les parcs zoologiques français se sentent concernés.

En Seine-et-Marne, le Parc des Félins, à Lumigny-Nesles-Ormeaux, a conscience de ce phénomène. « Ce genre d’actes est scandaleux, s’insurge Patrick Jardin, le gérant. Les animaux font partie du patrimoine génétique mondial, ils n’appartiennent à personne ! Ce qu’il vient de se passer doit ouvrir les yeux des gens. C’est un cataclysme mondial, trop d’animaux meurent dans l’indifférence générale, que ce soit à cause du braconnage ou encore de l’huile de palme. »

Dans le passé, le site a été victime du vol d’un bébé Ocelot qui n’a jamais été retrouvé. « Cette espèce n’a pas de valeur particulière, là c’était seulement quelqu’un qui voulait l’adopter », dénonce-t-il. Une réalité qui, selon lui, est bien trop importante. « Vous seriez étonnés de savoir le nombre de personnes qui ont un léopard chez eux, même en France, dénonce-t-il. Pour les animaux de compagnie, il y a les chiens et les chats. Le reste fait partie du monde sauvage. Les enfermer dans les parcs, ce n’est pas ce qu’il y a de mieux, mais c’est aussi le seul moyen qui existe pour préserver les espèces. »

« Il ne faut pas enfermer les animaux ! »
La défense des animaux, elle connaît. En tant que représentante en Seine-et-Marne de l’association PETA France (People for the Ethical Treatment of Animals), Anissa Putois est particulièrement vigilante sur ces questions. « Bien évidemment, les braconniers sont les premiers coupables, mais les animaux n’ont rien à faire dans les zoos. Il ne faut pas les enfermer ! D’autant ils n’y sont pas plus en sécurité que dans la nature. »
La conservation des espèces, Anissa Putois n’y croit pas. « Certains zoos sont pires que d’autres et il y a eu beaucoup de progrès ces dernières années, mais l’objectif est toujours financier », juge-t-elle avant d’affirmer que « la souffrance animale y est encore bien trop présente, comme dans les cirques. »
Pourtant, le Parc des Félins a bien réintroduit dans la nature une panthère perse née en captivité en juillet 2015. Réponse de la militante : « C’est un exemple sur combien ? L’ensemble des parcs continuent pourtant à faire de la reproduction en captivité. »

Dispositifs de sécurité au Parc des Félins

Pour les plus gros félins, en revanche, la valeur marchande peut être élevée. C’est notamment le cas des fourrures de tigre. Les lions aussi sont des cibles privilégiées, comme l’a montré le braconnage du lion Cecil en juillet 2015. « Ce n’est pas à la portée de tous de tuer un grand félin, même dans un parc. Ils se défendent très bien eux-mêmes », estime Patrick Jardin.

Les lions font partie des espèces menacées, notamment à cause du braconnage ©LPB archives / Lions du Parc des Félins
Les lions font partie des espèces menacées, notamment à cause du braconnage ©LPB archives / Lions du Parc des Félins

Si aucun acte de braconnage n’est à déplorer jusqu’à ce jour dans le parc, le gérant n’en reste pas moins vigilant. Du personnel vit sur place et des rondes régulières près des enclos permettent de sécuriser le site. Des chiens de gardes, des alarmes et des caméras viennent compléter le dispositif de sécurité. Pourtant, Patrick Jardin le sait, une équipe déterminée et organisée peut contourner ces dispositifs, si la carotte au bout est suffisamment alléchante. « Les banques les plus sécurisées au monde se font bien cambrioler On fait tout ce qu’on peut et on évolue sans cesse. »

Terre de Singes

À quelques centaines de mètres du Parc des Félins, on retrouve Terre de Singes. Ce parc géré aussi par Patrick Jardin compte des dizaines de macaques de Barbarie, également appelés magots, qui vivent en semi-liberté dans un enclos de 14 ha avec un plan d’eau, dont 8 ha en forêt. « Parmi ceux que nous avons, une vingtaine est issue du trafic de singes. C’est très difficile pour eux de se réintégrer dans leur communauté ensuite. Mais pour ce qui est des vols, je vous assure qu’attraper un de ces singes la nuit, c’est quasiment impossible », affirme le patron.

Zoo du Bois d’Attilly

De son côté, Sauveur Ferrara, le propriétaire du zoo du Bois d’Attilly, à Férolles-Attilly, ne souhaite pas détailler ses dispositifs de sécurité. « Il y en a des visibles, et d’autres invisibles », confie-t-il. Et de poursuivre : « On n’a pas vraiment d’animaux sensibles avec une valeur marchande aussi importante que le rhinocéros et l’éléphant, mais la sécurité est primordiale. J’envisage d’installer des caméras couplées à des alarmes sur téléphone, pour surveiller en permanence le parc ». Il admet que « si ce n’est pas simple, quelqu’un d’ingénieux et de déterminé pourra toujours réussir à ouvrir une cage ». Face à cela, son plan d’investissement de 10 millions d’euros sur quatre ans s’affiche comme une réponse.

Reste à savoir si celle-ci, comme les autres déployées par tous les parcs zoologiques dans le monde face à ce qui pourrait être une nouvelle menace, sera suffisante.

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