Lescherolles : la petite Anaïs, privée de cimetière

A 8 ans, Anaïs est décédée brutalement la semaine dernière. Ses parents voulaient l'enterrer à Lescherolles où ils avaient vécu plusieurs années. Cela a été refusé.

Dernière mise à jour : 10/09/2012 à 15:38

Mercredi, 15h. Une foule dense est massée au pied de l’église Saint-Romain de La Ferté-Gaucher. Des dizaines, des centaines de personnes sont là, le regard humide. Alors que les cloches retentissent, un petit cercueil blanc sort de la bâtisse. Anaïs est morte dans sa 8e année. Elle allait avoir 9 ans, le 30 juin.
Dans la foule, des membres de la famille, des amis, des proches, des connaissances, des inconnus. Ses camarades de classe de l’école du Petit-Morin sont là aussi. Malgré le jeune âge de ses copains et copines, tous l’ont bien compris, Anaïs ne reviendra pas. Sa dernière demeure sera le nouveau cimetière de La Ferté-Gaucher, situé en sortie de ville en direction d’Esternay. Un petit bout de campagne à la sortie de la ville. C’est pourtant à tout juste un kilomètre ou deux que ses parents avaient souhaité l’enterrer. « Anaïs est née à Provins, mais elle a fait ses premiers pas à Lescherolles. C’est à Lescherolles qu’elle est allée à l’école pour la première fois. C’est là qu’elle a vécu ses 5 premières années », se souvient son père, Alain Mach.
Simple formalité !
Après le décès de la petite, c’est tout décidé, la dernière demeure d’Anaïs sera à Lescherolles, là où elle avait vu le jour, 8 ans auparavant. N’habitant pas dans la commune, les parents doivent demander l’autorisation de faire enterrer leur fille dans le cimetière du village. Et là, stupéfaction, la demande est rejetée ! Annie Verween-Jubert, maire de la commune, explique sa position : « J’ai posé la question à 7 de mes 11 conseillers. Nous avons pris une décision en concertation, c’est non ! Il y a un règlement et nous n’avons fait que l’appliquer à la lettre. » Pourtant, sur ce même règlement du cimetière figure une ligne qui précise que le maire est en mesure d’accorder des dérogations en fonction des cas particuliers. Ce à quoi le maire de la commune répond : « A ce moment-là, c’est la porte ouverte à tout. » Une position que le premier édile de la commune a maintenue, malgré l’émotion que peut susciter le décès d’un enfant.
« Les gens qui dirigent la commune n’ont pas été capables de nous entendre, nous, parents qui venons de perdre notre enfant, s’indigne Alain Mach. Alors, je vois mal comment ils peuvent écouter leurs concitoyens. » Les mots sont contenus, mais la colère à l’encontre de cette commune qu’ils ont tant aimée est bien là.
Cinq ans à Lescherolles
La famille Mach s’était installée dans le petit village briard en 1999, pour fuir le stress de Paris. Elle avait eu un véritable coup de coeur pour cette commune.  « Nous avions trouvé une superbe maison et puis finalement elle nous est passée sous le nez. Quelques temps après, on en a trouvé une autre, à seulement 10 mètres, c’était la bonne. » Peu de temps après l’installation d’Alain et de Christelle, Anaïs vient au monde, puis 4 ans après, une petite soeur, Stella. Pour des raisons professionnelles, la petite famille s’expatrie dans le sud de la France. Déçu par l’aventure, le couple décide de revenir en région parisienne. « Nous aurions pu aller à l’ouest, au nord, au sud de Paris, lance Alain Mach. Non ! On a voulu revenir à Lescherolles car nous étions tombés amoureux de ce village et les cinq années que nous y avions vécues nous avaient confortés dans cette idée. » Manque de chance, aucune maison n’est disponible à ce moment, la famille s’installe donc, provisoirement, à La Ferté-Gaucher avec la ferme intention de revenir à Lescherolles, dès que possible.
Et puis… un jeudi matin… la petite Anaïs est fiévreuse. Sa mère la conduit chez son médecin traitant. « Il la suivait depuis sa naissance. » Le jeudi soir, pas d’amélioration. Le vendredi matin, pas d’amélioration. Le vendredi soir, la fièvre baisse enfin. Anaïs est sur la voie de la guérison. Le samedi matin, la fièvre reprend de plus belle. Anaïs est conduite aux urgences, elle décédera deux heures plus tard d’un choc septique. Une mort foudroyante qui a tout autant terrassé ses parents. Ironie du sort, c’est exactement sept jours après qu’Alain Mach se confiera au Pays Briard. Durant l’entrevue, l’homme prendra un temps d’arrêt, regardera sa montre ce samedi à 11h « il y a tout juste une semaine, elle allait mourir ».
Le sourire, l’amour, le naturel, le regard attendrissant de sa fille ne reviendront pas, mais pour Alain Mach, la seule consolation serait que ce drame ait servi à quelque chose et qu’une telle situation ne se reproduise plus jamais. « Maintenant, on va essayer de revivre, pour Stella, notre seconde fille. »
François Guillôme

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