Voinsles : le boulanger est de retour

Acheter du pain à Voinsles, un geste redevenu quotidien depuis avril pour les Vincelais et Lionel Horiot.
Privés de boulanger depuis 2002, Voinsles et ses habitants peuvent désormais acheter leur pain chaque jour dans le village. Un confort apprécié de tous.
Acheter son pain : un geste du quotidien, banal pour beaucoup. A Voinsles, les villageois en reprennent peu à peu l'habitude. Depuis avril, le boulanger est de retour. Pas question encore de boulangerie. Ici, c'est Catherine Juffroy qui sillonne les hameaux voisins et les rues du village pour livrer le pain.
Dans sa petite camionnette blanche, elle marque l'arrêt à Pécy, à Planoy, à Villeneuve-la-Hurée avant de s'arrêter une demi-heure sur la place de l'Eglise de Voinsles.
25 baguettes vendues chaque jour
Un sacerdoce quasi-quotidien rythmé par son klaxon qui signale son arrivée. Un son de ralliement qui sonne le rassemblement sur la place du village. Et si, comme cela arrive le dimanche, elle prend un peu de retard, le comité d'accueil nourri par les habitants est sur le pied de guerre.
Une satisfaction pour Olivier Husson, le maire de Voinsles, heureux de voir à nouveau les Vincelais se retrouver. « L'arrêt de l'estafette, cela crée un dynamisme dans le village et un prétexte à ce que les gens se retrouvent et discutent ensemble », se réjouit le premier magistrat. Un constat qu'il goûte particulièrement, lui qui est à l'initiative du retour du boulanger ambulant sur sa commune.
A la fin de l'année dernière, Olivier Husson s'est mis en tête de contacter tous les boulangers des environs pour les exhorter à reprendre du service. Une aspiration d'abord restée sans réponse.
Jusqu'à l'appel de Julien Mancelin, boulanger de Courpalay installé à son compte depuis 4 ans. Celui qui a reçu le 2e prix départemental du meilleur croissant a toujours organisé les tournées.
Au printemps, quand il a changé de vendeuse, il a décidé d'ajouter Voinsles à son parcours. Un crochet rendu possible notamment par l'embauche de Catherine Juffroy. Engagée comme vendeuse par la boulangerie Mancelin, proposition lui a été faite d'assurer la "tournée" quotidienne.
Cette néo-briarde, arrivée il y a à peine un an de Champigny-sur-Marne (Val-de-Marne) à Courpalay, n'a pas hésité un instant. Elle qui a abandonné sa vie de vendeuse en boucherie pour changer de vie était loin de s'imaginer qu'un jour elle prendrait le volant pour livrer du pain.
« Reprendre les tournées, cela m'a semblé être une bonne idée, confie-t-elle entre deux baguettes vendues. Et puis il est plus question de rendre un service aux gens que de rentabilité. » 25 baguettes sont vendues chaque jour de livraison dans le village. « La preuve que le bouche à oreille a bien fonctionné », y voit Catherine Juffroy.
La fin du système D pour les Vincelais
Et le service rendu est indéniable. En passant 6 jours par semaine (le mercredi est chômé) à Voinsles, les Vincelais peuvent acheter du pain frais sans avoir à parcourir plusieurs kilomètres. Une habitude que beaucoup avaient pourtant prise depuis 2002, lors du départ en retraite du boulanger rozéen qui assurait la livraison du pain depuis plusieurs années. « Auparavant, je me débrouillais comme je pouvais, explique Marie Vandevelde. Je prenais suffisamment de pain quand je partais en courses à Vaudoy, histoire de tenir la semaine. Mais il n'y a pas photo, je préfère avoir du pain tous les jours. » Comme pour la septuagénaire de la rue Saint-Mathurin, quand il a fallu choisir entre parcourir 6 km pour aller jusqu'à Rozay ou opter pour le pain à domicile, Lionel Horiot a vite choisi. Depuis avril, ce jeune retraité, vincelais depuis 30 ans, a troqué sa voiture contre son vélo pour aller acheter son pain. Dès qu'il a appris l'arrivée du boulanger ambulant, il est venu chercher ses baguettes au pied de l'église. « Nous allons moins régulièrement à Rozay, reconnaît-il. Ce qui est positif, c'est que les gens se rencontrent à nouveau et que j'ai ressorti mon vélo du garage. »
Boutique multiservice : "un projet loin d'être oublié"
Depuis 2002 et le départ en retraite du boulanger rozéen qui assurait les tournées à Voinsles, les villageois se sont retrouvés sans autre alternative que d'aller à Rozay ou dans les grandes surfaces pour acheter leur pain. Si beaucoup se souviennent avoir vu un jour une boulangerie dans le village, les espoirs de voir un boulanger s'installer sont vifs. A commencer par Olivier Husson, le maire de Voinsles. Dans le programme électoral échafaudé pour les municipales de 2008, le Vincelais faisait d'ailleurs de l'ouverture d'une boutique multiservice un de ses futurs chantiers. Depuis, « même si nous espérons pouvoir concrétiser le projet le plus vite possible », les priorités semblent ailleurs. Les villageois peuvent-ils continuer à espérer ? « Dans le mandat, ce sera très compliqué, reconnaît le premier magistrat. Mais c'est loin d'être oublié. »
Article rédigé par :
Julien Coquet