Article du 16/03/2010 à 18:14
Chevru : Privés d'electricité
Hubert Messagé, chevrotin depuis 24 ans, a rallumé le poële pour pallier les coupures d'électricité.
Pendant plus de 48 heures, 380 foyers de Chevru ont du composer sans électricité. La faute au passage sur le village de la tempête Xynthia.

Impuissants. C'est le mot qui revient à Chevru quand les discussions tournent autour de la tempête Xynthia, qui a ravagé, la semaine dernière, une partie du pays. Des lignes électriques tombées au sol, des branches d'arbres qui rendent difficile toute intervention des techniciens d'ERDF...

Autant d'éléments qui ont fait de Chevru, de dimanche matin à mardi, un village coupé du monde. Si les dégâts matériels ont été minimes (seules quelques tuiles manquaient sur les toits après le gros coup de vent de dimanche matin), les désagréments causés par le passage de Xynthia ont contraints les Chevrotins à s'organiser.

Dès dimanche matin, 380 foyers ont été privés d'électricité. Prévisible à en croire Jean-François Masson, le maire de Chevru. « Quand il y a des prévisions de vents qui soufflent à plus de 100 km/h, il faut prévoir des coupures d'électricité », avance le premier magistrat.

Mais à Chevru, malgré les précautions d'urgence, on ne pouvait pas s'attendre à plus de 48 heures sans courant. Alors, tout le monde a tenté d'y remédier à sa façon, recourant au système D.

Coupés du monde pendant 48h

Pour tenter d'accélérer le retour à la normale, des habitants ont sorti la tronçonneuse, pour démêler les fils des branchages. C'est ce qu'a fait Jean-François Masson accompagné d'un collègue. Ce que regrette l'élu : « Auparavant, Chevru dépendait du service de dépannage EDF de Coulommiers, ce qui faisait que les choses allaient plus vite. Maintenant, tout est centralisé à Meaux et on peut comprendre qu'il faille plus de temps pour espérer une intervention, poursuit-il. Ils font comme ils peuvent avec les moyens qu'ils ont. »

A Choisy-en-Brie, l'essentiel des habitations avait retrouvé le courant lundi matin mais les rues du Montcel et Neuve-du-Montcel, à Chevru, ont dû attendre jusqu'à mardi matin pour retrouver une vie normale.

Alors, pendant deux jours, Chevru a vécu dans un autre temps. Fini les portables, la télévision, le lave-vaisselle... Les manteaux sont venus pallier l'absence de chauffage, les gazinières ont tourné à plein régime pour prendre le relais des plaques électriques et les bougies ont servi d'alternative au courant coupé.

Une expérience que le village avait déjà vécue pendant une semaine. C'était en 1999, lors de la tempête de décembre. Mais le vent avait soufflé plus fort. Le week-end du 27 février dernier, des pointes ont été constatées à 120 km/h. Suffisant pour paralyser tout un village.

Au café du village, pas question de tomber dans la panique. « Avec la modernité, dès qu'il y a des problèmes de ce genre, les gens sont perdus », regrette Hubert Messagé, propriétaire du café du village depuis plus de 20 ans.

Dimanche matin, il a continué à accueillir ses clients normalement. « Il y a même eu plus de monde qu'à l'habitude », remarque le tenancier. Grâce au poële installé au coeur du foyer, « on était bien au chaud et on y voyait clair, assure le septuagénaire. Dans ma jeunesse, c'est à la lumière du poële que j'ai appris mes leçons. »

Du jamais vu depuis 1999

Si au café, on prend les choses avec le sourire, ce n'est pas le cas partout dans le village. Certains habitants se demandent encore comment le village a pu être coupé du monde si longtemps. Dans la famille D., qui vit rue du Montcel depuis une dizaine d'années, tous ont tenté de prendre les choses avec sérénité. « Cela avait été pire en 1999, relativise la mère de famille. Nous avons gardé les manteaux et j'ai allumé les bougies. Mais pour les familles qui sont restées bloquées chez elles, ça n'a pas dû être simple. »

Si la coupure a duré, c'est le fait de lignes haute-tension à Choisy-en-Brie qui ont souffert de la tempête. D'après ERDF et Jean-François Masson, dans le canton, en longueur de panne, c'est Chevru qui a été le plus touché. Prévenus dès le dimanche matin, les techniciens de Meaux n'ont pu intervenir à Chevru que dans la journée de lundi, déjà bien occupés pour raccorder les réseaux prioritaires.

« Ça n'a pas tourné à la panique mais nous avons senti que les gens étaient plus nerveux, commente le maire. Même si ce genre de désagrément est ennuyeux, par rapport à ce qu'il s'est passé ailleurs, il faut relativiser. »


Article rédigé par :
Julien Coquet

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