Guérard : Nathalie Dovo, une maman meurtrie
Suite à un appel anonyme dénonçant un problème de maltraitance, Nathalie Dovo a été privée de ses enfants. Pour les services sociaux, leur placement était justifié.
"Ce que j'ai ressenti dans tout ça, c'est que j'étais une mauvaise mère. Je ne pourrais jamais oublier ce qu'ils ont fait... ». Nathalie Dovo est une femme visiblement éprouvée. Ses cheveux bruns mi-longs encadrent un visage amaigri aux pommettes saillantes. Agée de 40 ans, cette habitante de Guérard a vécu ce qu'il y a de plus difficile à vivre pour une mère : être séparée de ses enfants. Et ce 5 ans après avoir perdu son mari, victime d'une grave maladie.
Tout commence en mai dernier lorsque Mathieu, l'aîné de ses 5 enfants, se présente au commissariat de Coulommiers. Il déclare avoir été victime de violences de la part du compagnon de sa mère. Mais il s'agit d'une dénonciation mensongère, destinée à nuire à cet homme qu'il ne supporte pas. « Quand la maman est arrivée au commissariat ce jour-là, elle était à bout de nerfs, se souvient le brigadier-chef qui a reçu Mathieu. Elle m'a dit que son fils racontait des bêtises. » Depuis le décès de son mari, Nathalie Dovo n'a plus vraiment d'autorité sur son fils aîné. Ce dernier a déjà fugué plusieurs fois de la maison et a pris la mauvaise habitude de racketter ses deux frères cadets. Devant cette femme qui fond en larmes au cours de son audition, le sous-officier décide de la conduire à la Maison des solidarités (MDS) de Coulommiers (située juste en face du commissariat), afin qu'elle puisse rencontrer une assistante sociale.
Ses quatre autres enfants sont également entendus, séparément, par deux policiers. « Les gamins étaient catégoriques, assure le brigadier-chef. Ils n'ont jamais été violentés ni par leur beau-père, ni par leur mère. En revanche, tous ont confirmé que Mathieu était le mâle dominant. » L'adolescent finira par avouer qu'il a accusé son beau-père à tort.
Les enfants de la famille Dovo subissent également des examens médicaux : ceux-ci révèleront qu'ils ne souffrent d'aucune carence. Enfin, un psychiatre examine Nathalie Dovo et ne détecte aucun trouble.
Mathieu est alors placé dans un foyer. Un éloignement qui entraîne le retour au calme au sein de la famille Dovo.
Mais quelques jours plus tard, un appel anonyme arrive au 119 (Allô enfance maltraitée). L'interlocuteur assure que les enfants de la famille Dovo sont victimes de mauvais traitements. Les éducateurs de la MDS rencontrent alors Nathalie Dovo et ses enfants et effectuent une enquête de voisinage afin de vérifier la véracité de cet appel. Apeurée de voir qu'on risque de lui "enlever" ses enfants, la Guérardaise retourne voir le brigadier-chef qui l'avait reçue. Le policier rencontre alors deux éducateurs. « Je leur ai tout montré : les auditions des enfants, les analyses psychologiques..., souligne le fonctionnaire. On n'avait rien qui puisse étayer qu'elle ne pouvait pas s'occuper de ses enfants ». Mais cela n'influence visiblement pas la décision du juge des enfants.
Enfants placés en famille d'accueil
Le 5 juin, alors que Nathalie Dovo est hospitalisée à Coulommiers, les services sociaux viennent à l'hôpital pour la prévenir du placement de ses enfants.
Le jour même, des éducateurs se rendent à l'école de Guérard où sont scolarisées Maéva, 9 ans et Coralie, 12 ans ainsi qu'au collège de Faremoutiers où se trouve Benjamin, 14 ans. Une intervention qui s'est, au dire des enfants, très mal passée (lire encadré ci-dessous). Les enfants sont emmenés à la MDS où ils sont pris en charge par des familles d'accueil. Maéva et Coralie se retrouvent dans une famille mourousienne tandis que Benjamin va à La Ferté-Gaucher. Quant à Kévin, 16 ans, qui se trouvait alors chez lui, avec son beau-père, il est accueilli dans une famille de Chailly-en-Brie.
Les trois plus jeunes enfants vivent très mal leur placement. Benjamin fait même plusieurs fugues pour revenir chez lui.
Le 12 octobre, le juge pour enfants, suite à l'appel du jugement de placement effectué par Maître Florence Deschamps, l'avocate de Nathalie Dovo, décide de ne pas reconduire le placement de Benjamin, Maéva et Coralie. Kévin, qui suit un apprentissage au lycée de la Bretonnière à Chailly, préfère en revanche rester dans sa famille caillebotine. Sa mère peut lui rendre visite quand elle veut.
Les trois enfants ont donc retrouvé leur mère depuis un peu plus de 2 mois et demi. Ils restent néanmoins suivis par un éducateur durant un an.
Pour Maître Deschamps, c'est ce type de mesure, appelée assistance éducative, qui aurait dû être prise dès le départ. « Les enfants n'étaient pas en danger, assure l'avocate qui confie avoir été particulièrement bouleversée par cette histoire. C'était une maman en difficulté suite au décès de son mari. Elle n'avait pas besoin de ça... »
"Je ne dors plus"
Un avis que ne partage pas Laurence Martinot, directrice de l'enfance au Conseil général de Seine-et-Marne. « On a saisi le juge car on a estimé que les faits étaient graves, justifie-t-elle, évoquant notamment la tentative de suicide faite par Nahalie Dovo ainsi que son hospitalisation. Des aides avaient été proposées auparavant à la mère mais elles n'ont pas forcément été acceptées. Le juge a donc prononcé une ordonnance de placement ».
Aujourd'hui, Nathalie Dovo a donc retrouvé trois de ses enfants. Ces quelques mois sans ses enfants l'ont malgré tout fortement affectée. « Ils ont foutu ma vie en l'air, lâche-t-elle. Malgré un traitement, je ne dors plus. Je suis complètement stressée. J'ai tellement peur qu'on me les enlève à nouveau...»
Article rédigé par :
Amélie Lécoyer