Dossier du 03/08/2010 à 19:02
Le Pays Briard survivra à Jean-Baptiste
Jean-Baptiste Vincent


Lorsque nous étions petits, notre père Michel Vincent nous emmenait régulièrement chez Edmond Rayer, le directeur du Pays Briard, qui était sans enfant. Loin d'être pour nous une corvée, cette visite nous enchantait. Monsieur Rayer était un homme exquis. Il semblait toujours heureux de nous recevoir.


A sa mort, en 1970, le journal est devenu la propriété de Simone Pariset et de mon père. Après avoir terminé ses études au tout jeune Centre de Formation des Journalistes de Paris, Michel Vincent était venu faire un stage au Pays Briard. Il aurait pu intégrer un grand quotidien national. C'est même certainement ce qu'il pensait faire. Mais voulant le garder près de lui, monsieur Rayer lui a fait une offre alléchante : « Si vous restez, je vous lègue le journal », lui a-t-il alors proposé. Je crois qu'il avait compris que mon père aimait la nature, qu'il préfèrerait au fond vivre dans une petite ville plutôt qu'à Paris. Il a donc accepté. Mon grand-père avait lui-même fondé un journal à Laval, dans la Mayenne. Mon père avait refusé d'en prendre la succession. Je crois qu'il le regrettait. Même s'il aimait la capitale et y avait des racines, il n'était finalement pas fait pour la vie parisienne.


Lorsque je décidai à mon tour de devenir journaliste, mon père eut l'espérance que je prendrai un jour sa suite. C'était maintenant son oeuvre. Il souhaitait que l'un de ses enfants lui succède. Il savait déjà que Denis était un artiste et que Rémy voulait devenir ingénieur. Etant la seule à lui emboîter le pas, il mettait tous ses espoirs sur moi. J'avais d'autres ambitions. Je dévorais Joseph Kessel et Albert Londres. Je voulais découvrir le monde. J'aimais Coulommiers, mais je ne voulais pas y rester. 


Mon père était très déçu. Mais il restait Jean-Baptiste. Très tôt, il a manifesté, non pas le désir, mais du moins le consentement de considérer la reprise du Pays Briard. Je sais qu'au départ, Jean-Baptiste s'est lancé dans l'aventure pour faire plaisir à son père. Il se plaignait parfois du poids et des responsabilités que représentait pour lui l'entreprise. De temps à autre, il se posait la question de savoir s'il n'avait pas accepté la direction du journal non pas pour lui, mais pour Michel Vincent. Il prenait cependant sur lui et continuait. 


Et puis, je ne sais plus exactement quand, il s'est mis à profondément aimer ce qu'il faisait. Il y a mis toute son âme, tout son talent, toutes ses compétences. 


En 2003, le journal s'est installé dans de nouveaux bureaux. Je n'étais malheureusement pas présente le jour de l'inauguration, mais sur les photos, j'ai lu l'immense fierté de mon père. Son fils avait dépassé ses attentes. Il pouvait prendre sa retraite, lui abandonner les rênes. Il venait bien sûr régulièrement au journal. Il y avait un petit bureau. Jean-Baptiste aimait l'avoir près de lui. Ses conseils lui étaient précieux. Sa présence le rassurait.


A la mort de Michel Vincent, Jean-Baptiste s'est senti désarmé, comme privé d'un soutien vital. Mais il était fort. La vie ne l'avait pas épargné. Il a poursuivi sans relâche l'oeuvre d'Edmond Rayer et de Michel Vincent. Il a modernisé le journal, l'a mis en ligne. Il ne cessait de penser à la manière de le maintenir sain, de le faire évoluer, d'éviter la mort, de rester indépendant. Il était préoccupé par le sort de la presse écrite. Je l'informais de la situation américaine (puisque c'est dans ce pays que je vis depuis 20 ans), des réflexions des patrons de presse, des solutions qu'ils préconisent. Sous sa direction, Le Pays Briard jouissait d'une formidable santé. Grâce à lui, il est aujourd'hui en pleine forme. J'admire profondément ce qu'en a fait mon frère.  


Sa mort brutale nous laisse émotionnellement désemparés. La tristesse de mes frères Denis et Rémy est immense. La mienne est sans fond. Jean-Baptiste était pour moi plus qu'un frère. C'était un ami. Aussi ne laisserons-nous pas tomber le journal. Mon frère Rémy a mené des équipes et géré d'importants clients à la fois dans de petites et des grandes entreprises. Je suis pour ma part journaliste de formation et de métier. Ensemble, nous avons pris la co-gérance du Pays Briard. Jean-Baptiste avait mis en place une équipe en laquelle il avait toute confiance. Il rechignait de moins en moins à s'absenter, sachant que son personnel était capable de fonctionner. Chacun sait ce qu'il a à faire. 


Nous avons la ferme intention de continuer à assurer la pérennité de la tradition d'un Pays Briard fort et indépendant.


Le Pays Briard survivra à Jean-Baptiste. C'est ce qu'il aurait souhaité.



Armelle, Denis 

et Rémy Vincent



Flash info
L'événement en images
Coulommiers : Une grande fête de la St-Fiacre