
Jean-Baptiste Vincent vivait son journal. Il était Le Pays Briard. Et nous l'y aidions. Il nous a quittés lundi matin, à l'âge de 42 ans. Nous l'avons appris en fin d'après-midi, une fois le journal de mardi terminé. Parce que la nouvelle était terrible à dire, à entendre, à admettre. Et parce que votre journal devait sortir normalement. Le directeur et éditeur du Pays Briard n'aurait pas voulu que cela se passe autrement.
« Le Pays Briard, un journal populaire de qualité, qui explique les choses, qui raconte les gens, qui aide à vivre. » C'était son credo, l'accroche de sa ligne éditoriale. Ecrite à l'intention de sa rédaction pour accompagner la nouvelle formule du journal de 2002, il nous la rappelait sans relâche. Informer les lecteurs du Pays Briard, cela oblige, cela donne des obligations. Pour l'éditeur columérien, il était impossible de passer outre : « Le journaliste est un humble témoin dont la mission essentielle consiste à informer et à expliquer. » Tout était dit. Une phrase à son image.
Longtemps, Jean-Baptiste Vincent est resté en retrait, réservé. Prendre la suite de son père, d'un père comme Michel Vincent, impose le respect et l'humilité. De 1951 à 1994, celui-ci a incarné Le Pays Briard : journaliste, rédacteur en chef, directeur, il a marqué de sa curiosité, de ses connaissances et de ses engagements le journal de la Brie. Jusqu'à sa disparition en décembre 2004, Michel Vincent n'a pas quitté Le Pays Briard.
Un des fleurons de la presse hebdomadaire régionale
Jean-Baptiste Vincent avait repris la direction du titre en 1994. Très vite, il a voulu moderniser ce bi-hebdomadaire un peu plus que centenaire*. Le jeune éditeur (il avait alors 26 ans) possédait déjà cette volonté d'avancer et d'entraîner son équipe à aller au-delà des habitudes et des évidences. Et il a réussi : en 16 ans, il a fait du Pays Briard un des fleurons de la presse hebdomadaire régionale, reconnu comme tel par ses 80.000 lecteurs cumulés par semaine et à chaque numéro plus nombreux.
En 1997, l'éditeur columérien a donné au Pays Briard son format actuel de tabloïd et ses couleurs de Une. En 2000, il remet au goût du jour Le Petit Briard et le dote d'un format magazine tout couleurs. En 2002, nouveau changement pour Le Pays Briard : le bi-hebdomadaire adopte sa maquette actuelle, ainsi que sa nouvelle ligne éditoriale. Puis en juin 2007, c'est au tour du Petit Briard d'évoluer, tant dans son contenu que dans sa présentation, pour devenir le supplément magazine du Pays Briard. Enfin en février 2008, un nouveau support vient renforcer le journal papier : le site lepaysbriard.fr est ouvert et ne cesse de recevoir de plus en plus de visiteurs.
Le panorama des réalisations de Jean-Baptiste Vincent ne serait pas complet sans évoquer l'année 2003 : cette année-là, le siège du Pays Briard déménage de la rue de la Pêcherie pour rejoindre les locaux tout neufs de la rue Abel-Prouharam. L'ensemble des équipes du journal est ainsi rassemblé et travaille désormais dans un cadre dont il était particulièrement fier.
Tous ces changements, toutes ces innovations, Michel Vincent les a accompagnés, complice. Le père et le fils ne manquaient pas de points communs. Le Pays Briard en était le plus évident; le respect de la liberté d'expression en était un autre, comme un principe non négociable. La richesse de nos pages Débats en sont plus que jamais la preuve; les éditoriaux que Jean-Baptiste Vincent prenait de plus en plus plaisir à écrire également.
Depuis décembre 2007, l'éditeur du Pays Briard s'est ainsi engagé avec fougue et détermination dans un combat : défendre le coulommiers au lait cru. Aidé par Jean-Paul Bosseau et de Périco Légasse, il a mis toute sa force de conviction, et elle était grande, pour rassembler les fromagers briards autour d'une idée : obtenir l'appellation d'origine protégée (AOP) pour le coulommiers.
Un homme rare, tout à la fois charismatique et irritant
Mais plus encore, pour la rédaction, Jean-Baptiste Vincent était un inlassable homme de projets. L'esprit toujours en mouvement, en réflexion, il était à l'écoute de la moindre idée, l'acceptant et parfois la rejetant pour mieux la réinterpréter. Une conférence de rédaction avec lui, c'était l'assurance de partir d'un point pour arriver à son contraire, le tout en un rien de temps. Mais il en ressortait toujours quelque chose d'inédit.
Curieux des autres, à l'écoute de tous, le jeune éditeur entretenait un lien privilégié avec ses journalistes et l'ensemble de ses équipes. Plus d'une fois, nous l'avons vu donner sa chance aux jeunes, et parfois à des moins jeunes. Non pas pour tenter une expérience, mais parce qu'il était persuadé que la personne qu'il avait face à lui avait des capacités à développer. « La greffe », comme il aimait à le dire, prenait ou pas. Mais qu'importait, il était heureux d'avoir contribué à enrichir un homme ou une femme.
Homme de savoir, capable d'engager une conversation à bâtons rompus sur les sujets les plus improbables, Jean-Baptiste Vincent nous impressionnait par la maîtrise de son métier. Doté d'un oeil redoutable, percevant ce que nul ne discernait, perfectionniste tentant de se corriger, il adorait nous surprendre dans un domaine où nous ne l'attendions pas. Exigeant monteur de pages, informaticien passionné (mais aussi capable de tout faire planter la veille d'un bouclage), redoutable gestionnaire, il avait aussi, comme son père, le goût de la précision et de l'équité.
Jean-Baptiste Vincent était un homme rare, tout à la fois charismatique et irritant. Un homme comme on en rencontre peu dans une vie. Ceux qui ont eu la chance de travailler avec lui le savent. Nous étions fiers d'être à ses côtés. Il nous a tous fait progresser, professionnellement et humainement. Il y mettait un point d'honneur, laissant à chacun le temps nécessaire pour y parvenir. Tous se sentent abandonnés. Mais tous avons la ferme intention de continuer à faire vivre son journal. A son image. Bienveillante.
Ses obsèques seront célébrées mardi 20 juillet, à 14h30, en l'église Saint-Denis Sainte-Foy de Coulommiers, suivies d'une inhumation au cimetière de Faremoutiers. Nous lui rendrons un dernier hommage dans notre numéro de mardi.
Article rédigé par :
La rédaction
* Le Pays Briard est né en 1886 sous le nom du Démocrate.