Dossier du 08/02/2010 à 08:32
Coulommiers : les brodards au bout du rouleau !
Mardi, une trentaine de salariés de Brodard ont bloqué le rond-point en face de Leclerc. En cause, une panne sèche de gaz qui a stoppé toute l'imprimerie.

Les salariés de Brodard ont décidé de ne plus se laisser faire. C'est ainsi que la colère est vite montée dans les allées de l'imprimerie columérienne, mardi dernier en début d'après-midi, lorsque les huit rotatives ont dû être mises à l'arrêt, faute de pouvoir être approvisionnées en papier. La raison à cela : une livraison en gaz qui n'a pas été renouvelée et donc des chariots élévateurs privés de leur carburant. « C'est avec ces machines que l'on charge les rouleaux de papier sur les rotatives », explique l'un des employés. « Le pire, c'est que l'on a du boulot, on en déborde même aujourd'hui, mais on est bloqué à cause d'une connerie, enchérit l'un de ses collègues, conducteur de machine. Ça fait 20 ans que je travaille chez Brodard et j'ai jamais vu ça ! »

En effet, le mardi est toujours une journée clé pour l'imprimerie. C'est à ce moment qu'elle doit imprimer quelques-uns de ses plus gros clients : deux hebdomadaire nationaux que sont Paris Match et Moto Journal. Par chance, en raison des fêtes de Noël, Paris Match a été exceptionnellement imprimé lundi. En cette période de "test" qu'est le redressement judiciaire, la société peut tout sauf se permettre le luxe de stopper son activité près d'une journée entière à cause d'une panne sèche de gaz.

Il est environ 15h lorsque l'ensemble des employés travaillant cet après-midi-là, soit une bonne trentaine de personnes, se réunissent dans l'une des pièces de l'usine pour faire le point sur la situation. Quelques minutes avant, ils sont montés voir la direction, sans succès. « L'administrateur qui chapeaute l'entreprise depuis la mise en liquidation judiciaire est en vacances et le directeur de l'usine s'est cloîtré dans son bureau. »

Après quelques minutes de discussions, l'idée d'organiser une manifestation arrive très rapidement sur le tapis. Mais il faut la faire maintenant, devant l'imprimerie, sur le rond-point!

Deux salariés prennent alors l'initiative de commencer la rédaction d'un tract. Sur un coin de bureau, ils se mettent à écrire : avis à la population de Coulommiers... « Il faut ajouter "à la population du bassin de vie de Coulommiers" car ça ne concerne pas que les gens de Coulommiers », suggère l'un des deux ouvriers. Pas très convaincu par la formule, cet employé suit malgré tout les conseils avisés de son collègue. En quelques lignes, ils évoquent une facture de gaz impayée qui a conduit, au final, à l'arrêt complet de l'imprimerie. Il est maintenant temps de filer au bureau du comité d'entreprise pour rédiger au propre et y imprimer les tracts par dizaines.

Dehors, la trentaine d'ouvriers se rassemble peu à peu. On se frictionne les mains pour les réchauffer, on enfile de gros blousons par-dessus les polaires... Le froid n'incite pas à traîner dehors mais qu'importe, les brodards sont à bout et ils veulent que cela se sache. Certains enfilent des gilets réfléchissants jaunes pendant que d'autres récupèrent de grands morceaux de cartons pour les transformer en banderoles. "Brodard arrêté pour factures de gaz impayées" écrit-on ici au marqueur.

Pendant que les premiers tracts sortent de l'imprimante, sur papier orange ou rose, l'usine, elle, est déserte. Ou presque. Un trio d'ouvriers s'affère sur l'un des chariots élévateurs. En rassemblant les restes de gaz contenus dans deux bonbonnes, ils espèrent pouvoir faire repartir au moins un engin. L'un des fleurons de l'industrie columérienne en est réduit au système D pour pouvoir fonctionner !

Des centaines d'auto-mobilistes bloqués

A l'extérieur, le groupe de manifestants se met en marche. Il longe l'immense hangar blanc pour rejoindre le rond-point qui sépare Brodard du centre commercial Leclerc. Un noeud routier important surtout en cette avant-veille de Noël, à deux pas du plus grand magasin de jouet de la ville.

Une benne métallique remplie de copeaux de papier, vite embrasés, fait un très bon foyer. Tant pour attirer l'attention des automobilistes que pour réchauffer les membres glacés des ouvriers.

En quelques minutes, ils s'installent sur la route et distribuent un tract à chaque automobiliste. Malgré la file interminable de voitures qui commencent à s'amasser, les Briards sont globalement réceptifs au message de ces employés désoeuvrés.

Car derrière l'ambiance apparemment bon enfant de cette manifestation improvisée, les visages sont durs. Même s'ils préfèrent rester anonymes, par pudeur, ou par prudence, les salariés de Brodard se confient peu à peu : « Ça fait des mois qu'on ne sait pas à quelle sauce on va être mangé. On est persuadé que la direction cherche à fermer définitivement le site. Et ce genre d'événement, la non livraison du gaz, nous laisse penser qu'on a raison », confie cet ouvrier de Boissy-le-Châtel. « Moi, ça ne m'étonnerait pas que cela se finisse mal. Certains sont déjà financièrement pris à la gorge, alors s'il y a des licenciements, il y aura forcément des drames », s'inquiète un autre employé, avant d'ajouter : « des divorces et peut-être même des suicides ! »

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