Dossier du 13/07/2010 à 10:00
Coulommiers : "Brodard est mort"
Les salariés de Brodard n'ont pas quitté le site depuis l'annonce du tribunal de commerce.
Comme nous vous l'annoncions en exclusivité sur notre site Internet, Brodard Graphique et La Nouvelle Brochure vont disparaître.

« Avant, Brodard brassait des millions. Aujour-d'hui, on est plutôt brasse coulée... » Derrière ses lunettes noires, Eric Agasse, employé à l'imprimerie depuis vingt ans, dresse un bilan bien amer. L'audience de lundi au tribunal de commerce de Meaux a sonné le glas d'une des plus fameuses usines briards. Circle Printers ayant refusé de modifier son offre de reprise, Brodard Graphique n'aura pas de repreneur. Dany Corcessin, secrétaire du comité d'entreprise raconte : « L'offre contenait des conditions suspensives. Le tribunal a demandé au groupe de les retirer. Il a refusé... » Brodard Graphique se retrouve, lundi soir, en liquidation judiciaire et sous contrôle d'un mandataire judiciaire. Le même sort est réservé à La Nouvelle Brochure (voir encadré). Au total, ce sont 189 licenciements qui vont avoir lieu, dont 151 à Brodard. L'activité, elle, s'est arrêtée définitivement lundi soir.

Un « coup de massue » pour les salariés. « J'ai cinquante-cinq ans et j'ai toujours été à Brodard, raconte Chaieb Baghdad, arrivé dans l'usine il y a trente trois-ans. Aujourd'hui, c'est le désarroi qui domine. Moi quand je suis rentré ici, on m'a dit : "Vous allez faire votre carrière ici". Quand je suis arrivé, l'imprimerie était une des plus prestigieuses de France. Maintenant, Brodard est mort. »

Entretemps, de l'eau a coulé sous les ponts. Le Pays Briard est parvenu à se procurer le bilan financier (depuis l'an 2000) de l'imprimerie columérienne et l'a fait analyser par un consultant financier. Ce dernier a jugé la situation « catastrophique ». Explications : « Les baisses successives du chiffre d'affaires ne sont pas alarmantes jusqu'en 2008. D'autres entreprises ont été plus lourdement touchées par la période de crise. » Pour rappel, entre 2006 et 2008, le chiffre d'affaires de Brodard est passé de 48.547.302 à 42.211.226 euros. C'est en 2009 qu'il connaît sa plus lourde chute. Il perd 35% et tombe à 27 millions d'euros. Le spécialiste poursuit : « Le chiffre d'affaires avait tendance à stagner alors que les coûts d'exploitation se sont envolés. »

"Nous allons tenter de récupérer ce que nous pouvons"

Pour les Brodard, un « coupable » : Jean-Paul Maury, président-directeur général du groupe Maury. « Il a pris l'usine pour récupérer le contrat avec Hachette, lâche Thierry Gaudry, employé à Brodard Graphique depuis trente-six ans. C'est quand le contrat s'est achevé que Maury a voulu lâcher l'affaire. Brodard aura été sa vache à lait. »

Depuis lundi 5 juillet au soir, les Brodard occupent l'usine. Au niveau du rond-point qui mène à l'imprimerie, des milliers de morceaux de papier jonchent le sol. Dans la cour, les magazines partent en fumée à l'intérieur d'imposants conteneurs, des chaises et des tables sont installées. Chaque jour, les employés se relaient pour « assurer la garde ». Dans l'usine, les plus jeunes ont créé une table de ping-pong de fortune, certains jouent au foot. Histoire de tuer le temps... Sur tous les visages, une seule expression : le désarroi. L'heure n'est plus à la grande mobilisation. Ce qui n'empêche pas les syndicats de rester mobilisés. Ainsi, du côté de la Filpac-CGT, on tente de limiter au maximum la casse. « Nous allons tenter de récupérer ce que nous pouvons », indique Dany Corcessin. Récupérer des primes : voilà donc l'objectif de ce qui est LE dernier mouvement des salariés de l'imprimerie. Dans l'après-midi de mercredi, des salariés ont même placé des bonbonnes de gaz sur le toit. « Il s'agit juste d'une mesure d'intimidation, indique un employé. Nous n'avons aucunement l'intention de les faire exploser. »

Dans moins de deux semaines, les Brodard auront définitivement quitté les lieux. Petit à petit, le matériel sera vendu. Et l'imprimerie aura définitivement coulé.



Les voisins de Brodard touchés : 38 licenciements à La Nouvelle Brochure
Après dix-huit départs le 7 mai dernier, La Nouvelle Brochure est de nouveau touchée. Dans sa chute, Brodard entraîne l'entreprise voisine. Les trente-huit employés seront licenciés dans les jours à venir. « A part prendre nos bagages et partir, il n'y a rien à faire, déplore Annabelle Briet, déléguée syndicale. Jusqu'à la dernière heure, nous pouvions y croire mais désormais tout est bel et bien fini. » Après vingt-deux années d'activité, La Nouvelle Brochure baisse donc définitivement le rideau.

Article rédigé par :
Gaël Arcuset

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Il y a 1 réaction à cet article

De marc d. (rebais)
Posté le 03 08 2010
Brodard: une autre voie ?
Le marché de l'Imprimerie traditionnelle - presse écrite - est peut-être en perte de vitesse (ce dont on peut douter en parcourant les étals des librairies: bourrés de magazines et de revues spécialisées), cependant l'outil de production Brodard pourrait tourner à plein sur les marchés émergents type impression personnelle : albums photos, carnets de voyage, livres à compte d'auteur, etc etc etc. Egalement, en concentrant les efforts sur LE savoir-faire unique de l'entreprise (à définir par les salariés eux-mêmes), Brodard pourrait adresser des marchés de niche, à forte valeur ajoutée donc fortes marges. Pourquoi les cadres et employés ne s'unissent-ils pas pour reprendre eux-même l'entreprise ? Sous la forme d'une SCOP par exemple ?